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Livres et études (in)utiles

On trouvera ici une liste - qui sera complétée au fil des jours - des ouvrages lus ou parcourus et des études compulsées pour la rédaction de l'opuscule.

OUVRAGES GÉNÉRAUX

Le rendez vous des civilisations, Youssef Courbage, Emmanuel Todd, Seuil
Ce livre ne traite pas du tout du sujet qui nous occupe mais du rôle de la transition démographique (quand les peuples font moins d'enfants) dans la laïcisation des sociétés. Cela a été vrai des sociétés chrétiennes. Ils entendent démontrer que ça l'est aussi des sociétés musulmanes. La violence et le fondamentalisme qui règnent dans la plupart de ces pays ne serait que l'expression de cette transition entrain de se faire. Après tout sera plus calme. Les deux démographes anthropologues scrutent les structures familiales des pays d'Islam (très variées) et observent comment l'élévation du niveau d'éducation des femmes (et des hommes) conduit inéluctablement vers la baisse de la pression démographique. Pays en passe de s'en sortir : l'Iran (et oui); pays où tout peut arriver, surtout le pire : le Pakistan.

Histoire du mariage en Occident, Jean-Claude Bologne, Hachette
Une histoire à la fois savoureuse et érudite de cette vénérable institution mise à mal par l'accroissement des libertés individuelles et l'émancipation des femmes. Comme le disait Louis de Vilmorin au dès le début du siècle dernier, il n'y a plus que les curés et les homos pour vouloir se marier. Et puis aujourd'hui il y a le Pacs.

Au fondement des sociétés humaines, ce que nous apprend l'anthropologie, Maurice Godelier, Albin Michel.
Où l'on apprendra que la famille n'est pas au fondement des sociétés et comment les chef victorieux créent récits et rites pour perpétuer la domination de leur groupe sur les autres et leur territoire. On lira aussi avec délectation l'histoire des Baruyas et du vol des flûtes sacrées des femmes. Le prochain livre de l'anthropologue devrait traiter de la manière dont on fait les enfants. Un premier aperçu est déjà décelable dans ce livre. Du même auteur Métamorphoses de la parenté, Fayard. La version scientifique hard du précédent ouvrage

L'affaire de la main volée, une histoire juridique du corps
, Jean-Pierre Baud, Seuil
En rapport indirect avec le sujet qui nous occupe, cette histoire du statut du corps et de ses éléments dans le droit est érudite, féroce et drôle. Surtout, l'historien du droit montre comment prêtres et médecins ont peu à peu reconquis le terrain des juristes pour rebiologiser et resacraliser le corps d'où cette bioéthique qui nous ensauvage au lieu que de nous protéger. A lire aussi du même auteur Le droit de vie et de mort (Aubier) qui approfondit le texte précédent.

9 mois et coetera, Sophie Marinopoulos, Israël Nisand, Fayard
Quand un scientifique et une psychanalyste dialoguent sur la procréation, la paternité et la maternité... Redoutable. Les deux praticiens confrontent les cas et questions extrêmes qu'ils sont amenés à traiter avec la montée en puissance de la procréation artificielle. Personnellement j'ai beaucoup de mal avec le lyrisme charabiesque du freudo-lacanisme et l'idée que l'on puisse élaborer une politique publique du "mieux naître" par la prise en compte du "processus de pensée et du corps modifié" me semble terrifiante. La médecine publique a déjà happé les corps à la naissance et à la mort (on naît et on meurt aujourd'hui à l'hôpital), la voilà maintenant qui veut happer les esprits. Brrrrr.

L'empire du ventre, Marcela Iacub, Pour une autre histoire de la maternité, Fayard
Encore une juriste pour cette fois une exploration du statut juridique de la maternité dont on verra à quel point sa renaturalisation nous écarte de la tradition civiliste qui a pu conduire à l'émancipation des femmes.

Comprendre la nature humaine, Steven Pinker, Odile Jacob, 600 pages, 79 euros
L'auteur est un des papes de la psychologie cognitive qu'il enseigne à Harvard. Je l'ai interviewé pour Enjeux (novembre 2005). Son livre voudrait réconcilier une fois pour toutes les tenants de la nature (tout est génétique) et ceux de la culture (tout est civilisation), les deux extrêmes ayant engendré l'épuration génétique nazie d'une part, la rééducation concentrationnaire chinoise et soviétique d'autre part. Mais il a tout de même un penchant psychogénétique un peu inquiétant. Tout en s'effaçant derrière la responsabilité des politiques pour choisir le modèle de société qu'ils souhaitent pour leur pays, il a une manière de cadrer le débat assez tendancieuse. Du genre : vaut-il mieux mettre l'effort budgétaire sur les surdoués qui tireront le pays vers l'avenir ou sur les médiocres moyens par souci de justice sociale ? Faut-il priver les délinquants sexuels volontaires de la camisole chimique qui pourrait les soulager et protéger de futures victimes ou s'en remettre à des suivis psychologiques peu fiables et très coûteux ? Il consacre aussi un chapitre sur les recherches du gène de l'homosexualité sans souligner la faiblesse des dites études.

Lundi 21 avril 2008

Chapitre bonus - Première partie (Avertissement : il vaut mieux avoir lu l'opuscule avant...)

Il flotte sur les débats entourant l’homoparentalité comme un fumet de peurs archaïques. Ces peurs qui rôdent autour de la procréation et commandent les relations entre les hommes et les femmes, nourrissent les mythes et la littérature des sociétés les plus anciennes aux plus contemporaines.

Trois films récents ont mis ces peurs en scène.

Dans Une vieille maîtresse de Catherine Breillat un libertin épouse une jeune femme noble. Mais, telle une succube, sa favorite revient le tourmenter. Il succombe. L’enfant qui nait de leur liaison meurt. Tandis que de colère et de dépit, l’épouse qui découvre la passion de son mari avorte de l’enfant qu’elle porte.

Dans Gabrielle de Patrick Chéreau, Gabrielle, épouse de Jean, un grand bourgeois au sommet de sa carrière est « la plus belle pièce » de sa collection d’art - c’est ainsi que Jean qualifie sa femme. Jusqu’à ce que celle-ci le quitte brutalement pour un amant. Elle revient sans revenir. Le couple se déchire. Elle se refuse à lui, il la viole. Elle refuse de pardonner. Le film s’achève sur un plan terrible où l’ombre de ce que fut Jean fuit vers la forêt : brisé, l’homme n’est plus que la silhouette d’un animal.

Volver de Pedro Almodovar met en scène les secrets du monde des femmes. Le film s’ouvre sur des villageoises au cimetière, affairées à nettoyer les tombes en chantant, sous les vêtements multicolores qui sèchent au soleil. Le seul homme du film est l’amant. Il viole sa belle fille. Celle-ci le tue. La mère et ses amies font disparaître le corps tandis que les grands mères règlent de vieux comptes.

Chacun dans leur style, ces trois films révèlent le pouvoir que les hommes prêtent aux femmes : celui de faire et de défaire les hommes. Les femmes décident de donner ou non une descendance à l’homme (Une vieille maîtresse). Les femmes peuvent « déciviliser » l’homme le plus civilisé (Gabrielle). Les femmes décident de leur donner ou non une sépulture (Volver). Compte tenu de cette puissance à la fois réelle et fantasmée, on comprend mieux pourquoi les hommes pour exister ont ressenti le besoin de dompter ces forces obscures qui procèdent d’abord de ce pouvoir qu’ont les femmes de donner la vie.

Une anecdocte, deux traditions et une histoire, en apparence très éloignées les unes des autres en témoignent.

(à suivre)
par Pascalemarie
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Jeudi 17 avril 2008
La toute dernière page de l'opuscule offre une petite surprise : un chapitre bonus intitulé "La grande peur des hommes" à découvrir sur ce blog.
Comme il est un peu long pour le format du blog, je le mettrai en ligne par morceau à partir de lundi 21 avril. Pour être sûr de ne pas le manquer, n'hésitez pas à vous inscrire à la newsletter. Vous serez automatiquement averti(e)s par un courriel de la mise à jour.
par Pascalemarie
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Mardi 15 avril 2008
Les préparatifs de la sortie de Les homos peuvent-ils avoir des enfants s'accélèrent. En visiteur du soir, je suis passée mardi chez Larousse pour "signer" les exemplaires à destination des confrères. Brigitte Reydel, l'attachée de presse, que je remercie pour sa patience, avait préparé des piles d'exemplaires (50) et une liste de journalistes radio, télé, quoditiens, magazines, susceptibles d'être intéressés par le sujet. J'y avais rajouté une liste d'amis, anciens patrons, anciens collègues qui pour le coup sont pour la plupart hors sujet puisque je travaille dans un mensuel économique et ai fait l'essentiel de ma carrière dans ce domaine. C'est toute la difficulté de l'exercice. Les exemplaires sont comptés. Il s'agit d'être médiatiquement efficace. Les médias ont tellement segmenté leur lectorat que rares sont ceux qui s'essayent à surprendre leurs lecteurs. Les choix faits, il s'agit ensuite de rédiger. Un genre à part entière la dédicace, à mi-chemin entre le compliment et la sollicitation. Dans ce monde d'apparences faut-il faire comme si ? J'ai préféré m'abstenir quand je ne connais pas personnellement les destinataires ; un mot et des initiales quand je les ai juste croisés ; un clin d'oeil pour ceux que je connais bien. Et puis on verra bien.
par Pascalemarie
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Samedi 29 mars 2008
C'est un nom de collection comme les éditeurs en lancent chaque saison à la manière des modistes. En l'occurence, cette collection abrite chez Larousse l'opuscule dont je vante par intermittence les mérites en attendant sa parution le 23 avril prochain. A savoir, les homos peuvent-ils avoir des enfants ? "A dire vrai", donc, a été arrosée le 25 mars dernier, en début de soirée, au restaurant Les Editeurs, carrefour de l'Odéon, Paris, dont l'étage avait été réservé à cet effet. Les organisateurs, créateurs de la collection - Jacques Marseille, directeur de la collection, et Véronique Sales, directrice du département essais - avaient bien fait les choses : champagne et petits fours à volonté. Ne me demandez pas de détails, marque ou menu, les petits fours s'engouffrent et s'oublient aussi vite que passent les plateaux. Jacques Marseille et Véronique Sales ont fait un bref discours de présentation et chacun a pu reprendre sa conversation en s'empiffrant. Il y a avait les trois auteurs dont l'ouvrage sortait le jour même, tous ceux en attente et les amicopains ascensoristes et auteurs putatifs. Pour les non initiés, l'ascensoriste dans un journal est celui qui parle, en bien ou en mal, peu importe pourvu qu'il en parle, des livres de ses relations.

Parmi les sorties : Faut-il abandonner la Corse ? J'en parle, non pas parce que je connais l'auteur, je ne le connais pas, mais parce que je l'ai lu en espérant secrètement que oui l'auteur, correspondant du Monde en Corse, conduirait ses lecteurs à cette conclusion. Ce qui, compte tenu de sa profession et localisation, était hautement improbable. Antoine Albertini fait, et le fait bien, un sort à ce poncif d'abandonite  - le sort de la Corse, dit-il, est irrémédiablement lié à celui de la France que cela plaise ou non tant aux Corses qu'aux continentaux, revient sur les mauvais traitements infligés par l'incurie de l'Etat à la Corse, assène leurs quatre vérités aux nationalistes indépendantistes et pour finir déséspère d'une quelconque amélioration des relations entre l'île et le continent. Il n'est pas exempt de contradictions, ne s'appesantit pas sur quelques événements récents , c'est dommage, - échec du référendum Sarkozy alors ministre de l'intérieur ; assassinat du préfet Erignac et circonstances de l'arrestation de son auteur présumé. Mais au bout des 128 pages - c'est la longueur maxi, d'où les ellipses -  on aurait espéré que se dessine une issue. Après tout, même les Irlandais ont fini par poser les armes.

Les deux autres titres sont : Les patrons sont-ils trop payés ? par le responsable du service économie du Point. Celui-là je devrais le lire, puisque je travaille dans un mensuel économique (c'est fait et même chroniqué dans le numéro d'Enjeux à paraître en mai). Le troisième titre, Faut-il supprimer le Bac ? est écrit par une sociologue qui travaille au ministère de l'Education nationale. C'est courageux. Je ne l'ai pas lu non plus. Mais je le passerai à l'un de mes jeunes cousins qui s'apprête à subir l'épreuve. Ca l'encouragera dans ses révisions.

Le cocktail s'est étiré paisiblement - échanges de potins, amabilités diverses - Jean-François Kahn, le polygraphe fondateur de Marianne, seul journal d'opposition, mais il l'a quitté - a fait une sortie contre la dépolitisation des syndicats, explication selon lui de leur disparition du paysage social. Il est contre la famille homoparentale mais n'a pas dit pourquoi. Son opuscule à lui qui sortira plus tard s'intitule A-t-on la gauche la plus bête du monde ?

Une consoeur d'une revue spécialisée dans les médias (elle est venue au cocktail pour le livre à paraître Les médias sont-ils sous influence ?) m'a demandé si j'avais consulté des études pour étayer mon propos (les homos et les enfants) et si on demandait leur avis aux enfants concernés. Les siens, dit-elle, préfèrent avoir un papa et une maman plutot que deux papas ou deux mamans. J'imagine qu'ils préfèrent aussi être les enfants de leurs parents que de gens qu'ils ne connaissent pas, qu'ils préfèrent être nés là plutôt que dans un bidonville, etc. Mais c'est vrai qu'on leur pose rarement la question. Depuis quand les enfants choisissent de naître là où ils naissent. C'est un droit qu'on devrait leur accorder. Comme je lui faisais remarquer qu'on ne demandait pas non plus aux gamins nés en éprouvette d'un don de sperme anonyme s'ils auraient préférés être conçus à la traditionnelle, elle m'a répondu qu'au moins cette différence ne se voyait pas à l'école. Imparable. Y a du boulot. Elle a promis qu'elle lirait mon opuscule. C'est déjà ça. Et puis tout le monde a fini par partir, moi y compris.
par Pascalemarie
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Mercredi 12 mars 2008
C'est  un aspect de la question qui manque à l'opuscule  en librairie le 23 avril.  En attendant une éventuelle réédition d'un livre non encore paru, voici un début de complément.
Les couples homos avec enfants ont aussi des jobs et une vie au  travail.  Mais à la différence de leurs collègues hétéros, ils ne bénéficient pas des mêmes facilités. En particulier, la loi ne permet pas à la conjointe d'une femme de bénéficier du congé de paternité, même si le couple est pacsé. L'an dernier, la sécurité sociale l'avait refusé à une femme qui en avait fait la demande. Encore un effet de l'absence de reconnaissance de la légitimité des familles homoparentales et des liens de filiation qu'elles créent de fait avec leurs enfants.
Mais cela change tout doucement. Eau de Paris (ce n'est pas un parfum mais l'entreprise qui abreuve Paris) a signé avec les syndicats un accord diversité qui accorde le congé paternité à tous les conjoints, quelque soit leur sexe. (voir Les Echos, 28 janvier 2008). D'autres grandes entreprises sont actuellement en cours de négociation pour aligner les droits sociaux des homos sur ceux des hétéros. L'Autre Cercle, association qui s'est créée pour défendre les homos au travail, est en pointe sur le dossier.
Une fois de plus le législateur s'affiche en retrait de l'évolution de la société.
par Pascalemarie
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